Complément d'humeur

Vivre me prend tout mon temps

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lundi 26 mai 2008

Cartes géographiques

Lorsque nous étions enfants, nous dessinions des cartes. Elles n'étaient pas copiées d'après un atlas, au contraire : nous inventions des lieux qui auraient dû exister ou dont nous aimions l'inexistance. Nous composions ces cartes avec le plus grand soin, y plaçant bien sûr un trésor marqué d'une croix rouge, mais surtout, nous répartissions déserts, falaises et jungles, sans oublier les fleuves et rivières sinuant depuis les montagnes jusqu'aux deltas.

Nos crayons de couleurs déployaient leurs teintes parfois imprévues, et nous prenions garde à ce que le turquoise de la mer ne dépasse pas la côte. Ma soeur agrémentait ses cartes avec les animaux fantastiques marquant l'inexploré, parfois des indications dans un langage secret ; mon frère les peuplait de navires pirates et de dragons, sans considération pour le mélange des mythologies. Les miennes étaient plutôt des endroits idylliques avec fleurs et plages de sable fin.

Lorsqu'elles étaient finies, nous allumions une bougie et réclamions la présence d'un parent pour brûler le bord du papier, ce qui donnait un air de carte antique mystérieusement perdue et retrouvée, très à notre goût. Parfois nous ne maîtrisions pas le feu, et c'était une crise de larmes lorsque notre oeuvre disparaissait dans les flammes - mais nous recommencions, en améliorant le modèle bien sûr. Lorsque la bordure était carbonisée à notre gré, nous froissions en boule, plusieurs fois, pour obtenir un effet de parchemin. Nous poussions parfois le perfectionnisme jusqu'à les traîner dans la terre du jardin, afin qu'elles soient tâchées comme tout objet ayant vécu doit l'être. Puis nous les roulions et scellions à la cire, en apposant notre doigt en guise de sceau - l'empreinte digitale unique pour chaque personne nous fascinait.

Étonnament, je ne me rappelle pas d'avoir cherché les trésors cachés dans nos cartes. Je crois que l'aventure était de créer ces mondes, les explorer eût été un sacrilège. Le merveilleux doit rester secret.

dimanche 4 mai 2008

Des abysses aux cieux

Depuis des mois (ou plus ?), je vais mal. Avec des périodes de redoux, des pics cataclysmiques et d'infinies étendues mornes, mais dans l'ensemble, je vais mal.

Pendant des années, je gérais mon mal-être en n'en parlant pas et en faisant "comme si", avec des moments où mes masques de sourire tombaient en morceaux et où j'étais très mal jusqu'à les remettre. Puis j'ai appris à formuler, à assumer un peu mon mal-être. Mais finalement, ça ne m'aide pas beaucoup à le surmonter, ça aurait plutôt tendance à m'y maintenir à force de cacher le reste, le beau et le joyeux.

Durant cette noyade dans la déprime, chaque attention, chaque mot gentil ou positif m'a fait l'effet d'une bouée pour quelques vagues. Souvent, je ne me sentais pas l'énergie de trouver les mots exacts pour dire le bien que ça me faisait, alors souvent je répondais d'un bref "merci" entouré de quelques mots. Parfois, j'ai osé dire "je vais mal, mais ce geste me fait du bien". Sauf qu'en fait, faut pas le dire : parce qu'après, les gestes suivants, je me demande s'ils sont sincères ou motivés par la compassion. Or c'est pas du tout pareil : qu'on me dise "j'aime ça chez toi", ça m'aide à voir ce que j'ai à offrir en partage, ça m'aide à m'accepter. Si j'entends derrière ces mots un "tu me fais pitié", et ils m'alourdissent de ce poids mort. Les interactions du type "aider une amie qui va mal", ben elles sont souvent déprimantes en soi, elles me permettent peut-être d'ouvrir les vannes dans un environnement de confiance où je sais que je vais être dorlotée, mais nulle dynamique ne me remet dans la vie de cette manière. Les enthousiasmes, les joies ne naissent pas dans des environnements tranquilles.

J'ai l'impression d'avoir fait de ma vie un cimetière, où je contiens mes sentiments pour éviter de pleurer, où je renonce à courir, hurler, vivre... et ceux que j'aime / qui m'aiment y sont enterrés avec moi, leurs efforts pour m'aider sont vains puisque je leur suis absente. P't'être j'vais essayer d'aller bien, même s'il faut faire semblant. À jouer un rôle, on finit par l'incarner vraiment, et puis "jouer un rôle", c'est déjà "jouer", c'est un bon début. Pour être de nouveau animée de joie, de rires, d'émerveillement, il faut que je les laisse entrer dans ma vie. Il faut que j'accepte de me faire bousculer, de me mettre en danger, d'accorder ma confiance sans savoir, de tenter sans certitude de réussite. Lâcher le contrôle.

Je ne me sens pas fiable, inconstante - et alors ? Si je me lance dans des projets dont la plupart avorteront, faute de temps ou de suivi, tant pis. Ou plutôt non : ce serait nul, effectivement, si je faisais peser cela sur d'autres, s'ils devaient ramasser mes pots cassés ; mais si je me lance des défis à moi-même, hé bien... seul mon orgueil peut souffrir qu'ils n'aboutissent pas. Et mon orgueil est p't'être la chose la plus grande en moi, ex aequo avec la tristesse, alors j'aurais qu'à lui raboter un peu la gueule, je voyagerai plus légère.

samedi 17 novembre 2007

Avis de recherche

WANTED : appartement centre Nantes, 2 chambres + salon, loyer < 550 euros.

Si vous avez ça sous la main / entendez parler d'un truc bien, faites-moi signe, vous pouvez m'éviter de pénibles recherches !

dimanche 4 novembre 2007

Liste de lecture

Comme vous pourrez vite le constater, je lis principalement de la science-fiction, mais aussi à l'occasion de la poésie, du théâtre, de la philo et même du roman classique. Comme j'en avais marre de conseiller les mêmes livres à tout le monde, j'ai fini par faire une liste - très subjective - des livres à lire absolument. Les plus importants sont au début, mais les derniers de la liste restent sans doute plus intéressants que si vous preniez un livre au hasard dans une librairie de gare - vu tout ce que je lis, cette sélection est très exigente !

Bibles :

  • Franck Herbert, Dune (la série que j'emmènerais sur une île déserte)
  • Asimov, Les Robots ; Fondation (SF carrée, commencez pas par ça si vous lisez pas de SF)
  • Deleuze, Nietzsche (Deleuze rend Nietzsche compréhensible, et il zappe le sexisme en bonus)
  • Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra ; autres (sauf Ecce Homo)
  • Michel Foucault, Surveiller et punir ; Histoire de la folie ; autres (j'suis amoureuse de sa pensée, m'enfin il est mort pis il était PD - heureusement il reste ses livres)
  • Georges Orwell, 1984 (et me dites pas "heureusement que c'est pas comme ça" !)
  • Aldous Huxley, Le meilleur des mondes (idem - sauf que ça décrit le contrôle mou plutôt que dur)
  • Roger Zelazny, Les neuf princes d'Ambre (et toute la série)(tentez de chopper l'édition dont Florence Magnin a fait les couvertures, elle dessine trop bien)
  • Douglas Adams, Le guide du routard galactique (SF délirante et hilarante - lire les noms à haute voix)
  • Ursula Le Guin, Les Dépossédés (description d'une société anarchiste pas utopique mais dans laquelle je veux bien vivre quand même)
  • Donald Kingsbury, Parade nuptiale (Courtship Rite) ; Psycho-histoire en péril (suite d'Asimov)
  • Clara Pinkola Estes, Femmes qui courent avec les loups (ignorer le naturalisme)
  • Baudelaire, Les fleurs du mal ; Petits poèmes en prose
  • Éluard, tout.
  • Cocteau, Les enfants terribles (et le reste, hein)
  • Anaïs Nin, journal ; romans (éviter les oeuvres érotiques écrites sur commande) (l'écriture qui m'a le plus touchée, ever)
  • Orson Scott Card, La stratégie Ender (les suites sont moins bien)
  • Hermann Hesse, Siddhartha

Livres :

  • Jean Cocteau, Antigone & tout le reste
  • Jacques Prévert, Paroles ; autres
  • Jean Giraudoux, Électre et autres
  • Georges Orwell, Et vive l'apidistra ! (roman politique)
  • Octavia Butler, La parabole du semeur (+ La parabole des talents) (outsider de la SF)
  • Jean-François Billeter, Études sur Tchang-Tseu, Leçons sur Tchang-Tseu (bouleverse les idées)
  • Jean Anouilh, Le bal des voleurs (et le reste)
  • Henry Miller, Tropique du capricorne (attention sexiste)
  • Ayerdhal, Sexomorphoses + L'histrion ; Parleur ou les chroniques d'un rêve enclavé ; Genèses (mon chouchou de la SF française)
  • Alain Damasio, La Horde du Contrevent ; La zone du dehors (romans politiques ; la zone est un premier roman, un peu maladroit)
  • Wilhelm Reich, Psychologie de masse du fascisme
  • Peter F. Hamilton, cycle Rupture dans le réel
  • Apolinaire, Calligrammes
  • Jacques Bergier & Louis Pauwels, Le matin des magiciens
  • Dan Simmons, Hypérion et Endymion
  • John Varley, Champagne bleu ; Barbie tuerie ; Gens de la lune (mon chouchou de la SF anglophone)
  • Barry Hughart, La magnificence des Oiseaux + suites (fantasy délirante dans une Chine médiévale mythique)
  • Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (roman dont a été tiré "Blade Runner" ; sombre et beau)
  • Jean Cocteau
  • Patrick Süskind, Le Parfum
  • Michael Ende, L'histoire sans fin & autres romans (littérature pour enfants, mais pas seulement)
  • Iain M. Banks, le cycle de la Culture
  • Brian Aldiss, le Monde vert (pas exceptionnel mais m'a touchée, j'ignore pourquoi)
  • Ponge, Le parti-pris des choses
  • Charles Duits, Ptah Otep
  • Simone de Beauvoir, L'invitée ; Une mort très douce (attention, les deux retournent le bide)
  • Bolo-Bolo
  • Jean-Claude Dunyach, La station de l'Agnelle et autres (en plus il est gentil)
  • Elisabeth Vonarburg, Le cycle de Tyranaël (et recueils de nouvelles) (elle aussi, pis elle a la pêche)
  • John Brunner
  • Georges Darien, Le voleur (très drôle, pas vieilli)
  • Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon (je pleure à chaque fois)
  • Raphaël Aloysius Lafferty, Lieux secrets et vilains messieurs (humour pince-sans-rire...)
  • Richard Matheson, Je suis une légende (parait qu'un film nul a été fait mais le livre est très bien)
  • Theodore Sturgeon, Cristal qui songe
  • Robert Silverberg, Les monades urbaines
  • Walter Tevis, L'homme tombé du ciel (j'ai pleuré)
  • René Barjavel, La nuit des temps (l'une de mes bibles d'enfance)
  • Douglas Adams, Fonds de tiroir (si vous aimez le guide galactique)
  • Andreas Eschbach, Des milliards de tapis de cheveux (les autres que j'ai lus sont moins bien par contre)
  • Stanislas Lem, Contes inoxydables
  • David Zindell, Inexistence
  • Asimov, Azazel ; Au prix du papyrus (Asimov est drôle dans ses nouvelles, contrairement aux romans)
  • Clive Barker, Imajica
  • Pierre Bordage, L'évangile du serpent (il raconte toujours des histoires de messie mais là c'est assumé et c'est bon)
  • Susanna Clarke, Jonathan Strange & Mr Norrell (pourtant j'aime rarement les histoires de magie)
  • Loïs Lowry, Le passeur (pour enfant ?)
  • Raymond Queneau, Les fleurs bleues (pour les bons jeux de mots)
  • Piers Anthony, cycle de Château-Roogna : Lunes pour Caméléon (pour les jeux de mots idiots)
  • Greg Egan, L'énigme de l'univers
  • Richard Canal, Les paradis piégés (SF psychédélique fameuse)
  • Philipe Curval, Regarde, fiston, s'il n'y a pas un extraterrestre derrière la bouteille de vin
  • Dorothy Parker, Hymnes à la haine (poésies facilement lisibles)
  • Dostoïevski, Les carnets du sous-sol (déprimant) ; L'Idiot (l'auteur que je lis au compte-gouttes pour en avoir toute ma vie)
  • Joël Houssin, Le temps du twist (pour fans de Led Zep)
  • Jean-Pierre Andrevon, Sukran
  • Sheri S. Tepper (?), Un monde de femmes (livre moyen mais situation interessante)
  • Robin Hobb, cycle de l'assassin royal (bonne fantasy même si ça s'essouffle au bout d'un moment)
  • Gene Wolfe, l'ombre du bourreau + cycle
  • Robert Heinlein, les trois premières pages de Une porte sur l'été (le reste est nul)

Films :

  • Stepford's wifes (un cauchemar extrêmement bien réalisé ; le livre n'apporte rien de plus)
  • Sin city
  • The hours
  • Gandahar (ne pas lire le livre)
  • Dark Crystal (je l'ai vu au moins quinze fois et je ne me lasse pas)
  • Bleu & Rouge, de Kieslowski (Blanc est moins bien)
  • Toto le héros
  • L'attaque de la moussaka géante (série Z)
  • Stupeur et tremblements
  • Immortel de Bilal (ceux avec qui je l'ai vu ont pas aimé mais j'aime beaucoup)
  • Les temps modernes, de Chaplin
  • Boys don't cry
  • But I'm a cheerleader
  • Ben Hur (je l'ai regardé cinquante fois quand j'étais jeune)
  • La vie rêvée des anges
  • Chat noir, chat blanc
  • Almodovar
  • Sacré graal (j'adore l'humour anglais)
  • Dark city (ambiance incroyable)
  • Blade Runner (lent mais tellement beau)
  • Total Recall (malgré l'acteur, c'est un très bon film de SF)

Radio :

  • Hitch-hiker's guide to the galaxy, Douglas Adams at the BBC

Edit 03/07/08 : ajout de Card et Hesse dans les bibles, ajout de La zone du dehors et pas mal de commentaires

lundi 11 juin 2007

Haïku

Justice équitable ?
Révolte croît
Prisons flambent et bagnards rient.

mercredi 30 mai 2007

Que de l'air ?

Merci à vous touTEs qui m'avez envoyé du courrier, électronique ou postal, en lisant que j'allais mal. Je redonne des nouvelles pour que vous arrêtiez de vous inquiéter !

J'ai été suractive ces deux dernières semaines : j'ai eu des rendez-vous chez des médecins (suis séronégative, ma vue a encore baissé), pour des trucs administratifs (contrat RMI pour six mois, APL, ce genre de trucs), j'ai fini mon boulot de relecture pour Eyrolles, je suis allée au concert de Ghost Mice (folk-punk accoustique, joyeux et DIY)[1] organisé par mon colloc[2] et j'y ai dansé, et j'ai vu des gens.

Mais cette semaine et la prochaine, touTEs mes cohabitantEs sont en voyage. J'invite tout le monde à venir me voir mais pour l'instant j'ai peu de succès. Et je me sens toute seule, du coup. Et je réalise que ça ne m'est pas arrivé depuis des mois, que je me suis habituée à respirer autant de tendresse que d'air, et que l'air, ben ça suffit pas.

Alors je me réjouis de cette chance que j'ai d'habiter avec autant de gens que j'aime, et j'inspire avec délices les réminiscences de leur présence éparpillées autour de moi. Et je prépare déjà les avalanches de bisous sous lesquelles je les accueillerai à leur retour.

C'est le printemps, et je suis bénie de nouveau. Ou plutôt je retrouve la douceur de recevoir la joie. la possibilité de hausser les épaules face aux contrariétés. Parce que les joies me prennent toujours à l'improviste pour peu que je les laisse venir à moi, et elles sont toujours différentes et précieuses. Quant aux petites tristesses, si elles ne trouvent pas de point d'accroche, elles glissent à travers moi et et lorsqu'elles sont passées, il n'y a que moi. Et le rappel de partager de l'amour, de la tendresse et de l'attention pour nous rendre fortEs[3].

Notes

[1] pour la France c'est fini mais ils sont en tournée dans toute l'Europe et les US après, si vous pouvez allez les voir : dates de concert.

[2] il grogne que je l'appelle comme ça.

[3] le livre Dreaming The Dark: Magic, Sex, and Politics de Starhawk vient d'être traduit en français sous le (mauvais) titre Femmes, magie et politique.

lundi 7 mai 2007

Un pas hors des cycles

Je t'ai fait mal, et je ne peux pas te faire du bien maintenant, alors je vais faire autre chose. Mais je ne nous laisserai pas devenir étrangers comme trop souvent lorsque nous nous heurtons. Et lorsque tu reviendras vers moi, ami, frère, camarade, amant, partenaire, complice, nous reprendrons notre relation là où nous l'avons laissée, et nous la porterons / elle nous portera, plus loin.

Je peux te faire mal, et tu peux me faire mal, mais nous pouvons nous faire du bien.

vendredi 27 avril 2007

Yo-yo

J'ai vingt-cinq ans, je me sens vieille, fatiguée, aigrie.

Je sais enfin ce que je voudrais vivre, mais je n'ai plus d'enthousiasme, d'énergie, de joie, d'amour pour le faire.

J'oscille entre des moments un peu bien et le complet désespoir, accompagné de ses envies de suicide.

Je ne me satisfais pas de la vie que je peux vivre, je me sens incapable de construire celle que je veux, alors par frustration, par accablement, je pense à mourir - et pourtant ce n'est qu'une envie de vivre, bloquée.

Je fais le yo-yo à l'intérieur, je me dis souvent que je devrais me construire une vie calme et sereine, comme les moines, pour limiter ces mille petits évènements dont les échos en moi sont assourdissants et interminables.

Mais limiter les stimuli ne fait que rendre plus fortes mes réactions aux petits changements. Je réalise lentement que je ne ferai pas taire ainsi mes voix intérieures, la solution pour cela serait sans doute de prendre des drogues (légales ou non) qui m'offriraient la béatitude de ce qui est et feraient taire mes envies d'autre chose, d'au-delà.

Je pourrais écrire des kilomètres sur le petit-déjeuner, le pressage des oranges, la préparation du thé, l'avide expectative d'un mail dans la boîte "perso", le ciel bleu par ma fenêtre que je ne me résous pas à affronter dans son élément pendant parfois une semaine ou plus, les cloches de l'église que je n'entends plus très souvent - surdité de l'habitude - sauf lorsque cela a du sens, le tabac qui s'effrite sous mes doigts pendant des heures, léger et humide, jusqu'à ce que mon paquet soit empli de miettes, la broderie au point de croix avec le délicat choix des couleurs pour obtenir des nuances harmonieuses mais contrastées, et la lecture de vieux livres de science-fiction aux couvertures criardes, parfois sans aucun rapport avec le contenu, dont le papier de mauvaise qualité s'est imprégné de l'odeur de poussière des bouquinistes, ces livres que j'ai parfois envie de jeter après les avoir lus tellement ils sont mauvais, et pourtant parmi ces vieux oubliés, inconnus, quelques perles, ou alors des passages infiniment émouvants.

Je pourrais raconter tout cela en détails - car ce n'est qu'avec des détails que c'est joli, sinon c'est juste une généralité - mais c'est tellement loin de ce que je voudrais formuler, alors je trouve ça vain et je renonce, par refus, par peur de me dissoudre dans une activité privée de sens... et je me dissous dans une oisiveté sans signification, alors que j'aimerais la faire joie, rencontres, réalisations, poésie, résolution, rire féroce et tendre griffure.

Finalement, du "rien" ne naît que l'exaspération, et du "rempli" dégueulent nos faiblesses haïes.

Où est le passage, la frontière, la fêlure par laquelle je saurais, voudrais agir ?

lundi 26 février 2007

Mimosas

J'ai fait plein de rêves marquants ces derniers jours (un où je faisais du sexe avec une fille, un autre où je voyais mon chat qui est mort depuis longtemps maintenant). Mais bon, Nacara dit justement qu'elle aime pas qu'on parle de rêves, je vais trouver autre chose.

Ha oui. J'ai eu 25 ans le 23 février. Je n'ai finalement pas organisé de grande fête mais mes amiEs m'en ont fait une petite merveilleuse : on a fait à manger plein de bonnes choses, ensuite illes m'ont offert plein de cadeaux bien choisis, pis on a mangé du gâteau (tarte au citron et tarte chocolat-noix...).

Je me suis sentie toute comblée de leur tendre attention. Ça a fait fuir l'angoisse du temps qui passe.

Dimanche j'ai fait la récup du marché, il y avait du mimosa à foison et ma chambre est toute embaumée de cette odeur printanière.

L'hiver est presque fini.

mardi 6 février 2007

Cinq choses

Nacara me file le mème... alors je vais tenter de trouver cinq choses que vous ne savez peut-être pas encore sur moi :

  • J'ai une nouvelle coupe de cheveux étrange depuis trois jours (mais moins extrêmes que certaines que j'ai portées).
  • Je travaille depuis quelques mois à faire des relectures de livres d'informatique, et c'est vraiment passionnant.
  • Il faut la plupart du temps que j'aie les jambes tendues pour avoir un orgasme.
  • Je viens de commencer la lecture de L'Idiot de Dostoïevski (qui me fait beaucoup rire en général), je viens de finir Nous Autres et c'est un très beau texte.
  • J'ai parfois un humour très douteux. Il y a quelques années, j'étais encore au lycée, j'ai téléphoné chez mes parents et à la fin de la discussion j'ai lancé "au fait maman, je suis enceinte". Il m'a fallu longtemps pour la rassurer et lui expliquer que c'était une blague.

Bon, pis je suppose que touTEs celleux qui désiraient jouer à ce jeu idiot l'ont déjà fait alors je fais pas passer hein.

mardi 30 janvier 2007

Boîtes à murmures

Nous avons fait un aller-retour en Normandie pour rapporter des affaires de chez mes parents. J'ai trié ces trucs que j'avais laissés en partant, lorsque j'avais dix-sept ans - car depuis ce premier chez-moi (une chambre de cité universitaire), je suis passée chez eux jamais plus de deux jours, moins d'une fois par an. Et j'ai retrouvé mon enfance. Mes premiers carnets. Mes photos d'Allemagne. Mes bâtons sculptés. Ma dodo. Mes tout premiers poèmes. Mes dessins. Mes collections de petits riens. Ma poupée avec ses vêtements (ceux qui n'avaient pas été mangés par les souris). Mon papier à lettres. Les boîtes avec tout le courrier reçu depuis mon enfance, celles avec les petits mots de l'époque du lycée. Toutes les lettres de mon premier amoureux, entourées de leur ruban.

J'ai récupéré les affaires que je stockais là-bas après chaque déménagement, en cartons, sacs et vrac, des strates de différentes ères de ma vie : la première année seule à la fac, les deux années à Angers avec Jonathan, les deux années à Paris avec Eve et Romain, les presque deux années aux Tanneries. J'ai rappatrié tout ce qui m'était précieux, un étrange bric-à-brac !

Et depuis, j'ai réussi à m'installer enfin. Cet appartement est maintenant l'endoit où je renoue avec tout ce qui m'a faite, et oui, ma chambre est bien entendu un endroit à la décoration surchargée, comme toujours. Les murs se sont vêtus de posters, dessins, cartes postales et babioles, la cheminée désaffectée s'est parée de mes attrappe-poussière favoris, les bougies et l'encens diffusent une odeur familière, les tissus étalent leurs couleurs vives et chaleureuses.

Je me suis lancée dans la fabrication d'une étagère très grande (et argentée) pour ranger mon bazar, mais c'est une opération compliquée alors en attendant je déplace encore régulièrement mes tas de cartons. J'y retrouve constamment les surprises les plus imprévues, j'oscille entre les larmes et les sourires ; c'est déstabilisant de retrouver tout cela, c'est fabuleux, c'est éprouvant, c'est émouvant surtout. J'attrappe souvent l'un ou l'autre de mes cohabitants pour leur montrer mes merveilles, mes trésors, mes secrets. Je suis surprise moi-même de tout ce que j'ai pu amasser au cours des années.

Mes souvenirs sont de nouveau vivants en moi, et moi je peux être de nouveau au monde. Rebonjour !

mercredi 10 janvier 2007

Auto-thérapie

En ce moment, je déprime. Et, ouais, ça prend tout mon temps. Ou plutôt toute mon énergie, alors ce que je fais peut se résumer en quelques mots.

La déprime, c'est cyclique chez moi. Parfois je suis d'humeur radieuse, ma route est semée de pétales de rose et de lys et la vie m'est une caresse. Et parfois c'est juste l'inverse, et je vous assure que ce yo-yo est épuisant. Donc en ce moment, tout est lourd, douloureux, exténuant, j'ai des épines sous les pieds et des lames de rasoir déchiquetent ma peau, je me débats dans un air opaque et j'aimerais oublier que j'existe, bref je suis satisfaite lorsque j'arrive à ne pas pleurer pendant une journée complète - c'est pas souvent. Sans compter que puisque je déprime, je n'ai pas faim, et après quelques jours sans manger, j'ai encore moins d'énergie.

Alors là forcément vous me demandez quels traumatismes affreux me bouleversent (je fais les questions et les réponses, on gagne du temps et donc de l'énergie). Hé bien le pire, c'est que tout va bien dans ma vie. Sauf que j'ai envie de mourir, par vagues, et parfois je suis submergée, et ensuite ça reflue et je me retrouve suffocante, tentant de reprendre mon souffle, de reprendre les choses où je les ai laissées - avec l'angoissante certitude qu'une autre vague surgira ; je tente désespérement d'anticiper les courants pour m'accrocher mieux mais toutes mes prévisions ne servent à rien lorsque la bourrasque arrive.

C'est le blues de l'hiver, c'est la retombée de mon énergie, c'est le dépaysement de cette nouvelle vie qui commence, c'est la difficulté de toutes les démarches, c'est la spirale avec les amis qui dépriment aussi, c'est ma cyclothymie habituelle - un peu tout ça, oui. Le savoir ne m'aide pas beaucoup...

Mais heureusement on prend soin les unEs des autres. Ils me font à manger, on partage de la tendresse, on se motive de temps en temps pour faire des choses, on trouve des films et des animes qu'on regarde sur l'ordi, blottiEs sous la couette. Il m'apportent des tartes au citron et je leur donne ma part de galette quand j'ai trouvé la fève, je leur raconte les épisodes drôles des discussions irc (je passe beaucoup de temps à ne rien faire derrière un ordi, oui) et ils me serrent dans leurs bras lorsqu'une crise de larmes survient devant eux. Vraiment, je les aime et je suis heureuse d'habiter avec eux.

Il y a quelques soirs, je suis rentrée à l'appart, seule, pour tenter de voir un peu plus clair en moi, de reprendre prise sur ce mal-être. J'ai pris du papier et un stylo doré, et j'ai noté les choses qui pouvaient m'aider. Voilà le début de cette auto-thérapie :

  • Lorsque je donne, je ne me sens pas vide. [Auto-thérapie #1]
  • Je ne veux pas vivre en traînant une perfusion, même d'amour. [Auto-thérapie #2]
  • Que vais-je laisser la Mort emporter pour lui échapper ? [Auto-thérapie #3]
  • Mon orgueil est si grand que je me dissous en lui. Être petite et vivante. [Auto-thérapie #4]
  • Les gens sont là. Ouvre la porte. [Auto-thérapie #5]
  • Tu es fatiguée - dors. Tu as faim - mange. Tu es triste - pleure. Tu es seule - aime. VIS. [Auto-thérapie #6]
  • Au réveil t'as envie de pleurer. Hier déjà, demain encore - Et alors ? Des jours, il en reste plein. [Auto-thérapie #7]
  • Les images dans ma tête ne peuvent pas me blesser. Elles nourissent le rêve et l'imagination. Rôdez ! [Auto-thérapie #8]

J'ai posé ma valise...

J'ai été nomade pendant plus d'un an, ça m'a beaucoup apporté mais ça a été épuisant aussi. Alors depuis la fin de l'été on réfléchit avec des amiEs à un projet commun d'habitation, ça pose forcément plein de problèmes et de questions...

On voulait habiter à la campagne, mais d'abord y'a pas de maison rurale avec six chambres, et puis on est plusieurs à ne pas avoir le permis de conduire, et à ne pas connaître la région ; donc faut qu'on trouve une maison où on pourra faire les travaux nécessaires pour habiter à plein, et donc faut qu'on soit sûrEs de vouloir y rester longtemps : bref, c'est pour plus tard.

On avait envie (surtout moi) d'être autant de filles que de garçons, mais les filles avec qui j'aimerais bien vivre sont impliquées dans d'autres projets pour l'instant - p't'être dans quelques mois. Du coup on est deux filles et trois garçons. Et dans ces trois, y'en a un avec qui j'ai une relation "amoureuse", et les autres ont peur de devoir gérer nos brouilles régulières, entre autres difficultés relationnelles. Bref on a trouvé une solution temporaire afin de préparer la grande migration à la campagne : on a deux appartements à Nantes, deux personnes dans l'un et trois dans l'autre.

Le jeu compliqué du "qui habite où ?" s'est fini par un tirage à pile ou face ; me voilà donc posée avec mes cartons et un colloc, pas loin de la gare et du jardin des plantes, avec les tours d'une église comme paysage et fond sonore (ça sonne souvent, les cloches, en fait). L'appartement est très humide, mais avec les radiateurs électriques à fond, ça chauffe et ça assèche - ouais c'est pas écologique, mais j'ai résisté une semaine, choppé des engelures aux orteils comme durant mes deux derniers hivers en squat et en fait je veux plus.

On a signé il y a deux semaines, et apporté les affaires le soir même. C'est étrange de retrouver tous ces cartons, sacs, valises que j'avais stockés chez Marc depuis le printemps - je les reconnais et pourtant ces affaires qui m'ont manqué parfois, je n'ai plus avec elles la familiarité du quotidien. Je n'arrive pas à me les réapproprier, de même que je n'arrive pas à réaliser que non, je ne repars pas bientôt avec mon sac sur le dos. Du coup je squatte ce nouvel appart ; colloc est parti depuis dix jours, et depuis tout ce temps, on se regarde en chiens de faïence, les cartons et moi. Enfin moi je les examine avec défiance et eux ils me font peser leur présence même quand je ignore, et ils bougent pas ! J'ai bien pensé à leur apporter de l'aide mais je ne suis pas sûre qu'on ait l'intimité requise, eux et moi, pour que j'y introduise les mains sans plus de formalités. Moi qui ne suis d'habitude pas très patiente, j'attends qu'ils fassent le premier pas - mais ils doivent être timides. J'essaie d'en rire, mais je vous assure que c'est déprimant.

Alors à défaut de me sentir habiter dans cet appart, je commence à découvrir la ville : premier constat, les chansons ne mentent pas, il pleut sur Nantes. Je sors malgré tout au moins une fois par semaine : en période de fêtes, les récups de marché sont assez fabuleuses - une cagette de clémentines, un carton de patates, des avocats en quantité et une mangue à chaque fois, je vais tomber amoureuse du marché de Talensac. Je connais aussi le trajet pour aller sur le cours des cinquante otages, et hier on a retrouvé le chemin de la librairie l'Atalante en demandant une seule fois - celui-là va falloir que je le retienne : une librairie de science-fiction, LA librairie de science-fiction la mieux fournie que j'aie vue de ma vie, du bonheur soigneusement disposé sur des étagères.

Je ne suis pas installée et ça va encore demander du travail, j'avais envie d'organiser une fête pour mes 25 ans en février et je ne crois pas que j'aurai un endroit où accueillir des gens d'ici-là, mais me voilà de nouveau sédentaire. C'est étrange, comme de marcher sur la terre ferme après un long trajet en mer, la sensation qu'il manque le roulis...

Allez y'a colloc qui rentre ce soir, faut que je fasse de la place au milieu des cartons !

jeudi 16 novembre 2006

Foi

Petite, entendant "Sainte Marie, vous êtes bénie entre toutes les femmes", je pensais que "bénie" venait de "bain", et j'imaginais une baignoire gigantesque, où plein de femmes se frottaient le dos, jouaient à s'éclabousser... lorsque j'ai découvert l'interprétation classique, j'ai trouvé cette prière bien plate.

Ma mamie tentait de m'inculquer sa religion catholique, Je ne pouvais admettre les incohérences, elles étaient irréductibles : si Dieu était omnipotent, il pouvait créer un espace où il serait sans pouvoir, et ne serait donc pas omnipotent ; l'inceste est un péché mortel mais les enfants d'Adam et Ève, ils se sont reproduits comment ? Pourquoi se battre contre le Mal, s'il dérangeait Dieu, Il n'avait qu'à le détruire une fois pour toutes... le Christ parlait de renoncer aux richesses mais le Vatican est un État riche, Il parlait de ne pas juger mais le pape prononce l'anathème et l'excommunion, Il parlait de s'aimer les unEs les autres mais les riches exploitent et vont à la messe en toute quiétude alors que les pauvres vont en prison. Sans oublier cette vierge qui ne peut PAS être vierge après avoir accouché, cette image de la création du monde en sept jours - si c'était une métaphore soites, mais dans ce cas les livres saints sont à prendre comme des philosophies, des contes, des romans, des anecdotes - cela donne des directions à réfléchir en théorie, ça veut pas dire tout suivre à la lettre.

Je trouvais sans intérêt, trop ridicules pour mériter le sarcasme, ces dogmes poussiéreux, incapables d'adaptation, ces heures à l'église où l'on ne doit ni parler, ni courir, ni rire, pourquoi mettre de l'ennui dans ma vie ?! J'ai longtemps rejeté la foi, la spiritualité, parce que cela me semblait trop mesquin : une peur étriquée de la vie, qui borne l'univers moral en Bien et Mal et refuse de se poser les questions en termes d'éthique, un père céleste qui dispense de devenir adulte... et un outil de propagande, d'oppression, de terreur, de renforcement de l'ordre établi, sans oublier le devoir et la respectabilité bourgeois. Elle ne me convenait pas, cette vision de la vie où tout est séparé entre "péché" et "devoir" - où sont la joie, l'amour, le rire, et pourquoi devrais-je me repentir d'être faible si Dieu m'avait faite ainsi ?! Le pari de Pascal était à mon sens le comble du cynisme comptable.

La "vraie" foi n'existe pas. Ni la catholique, ni la musulmane, ni la bouddhiste, ni aucune que vous pourriez citer n'est LA vraie foi. Je pense que lorsque les textes sacrés ou mystiques parlent de la vraie foi, ils ne se réfèrent pas à une foi en particulier mais à une manière de croire.

Avoir la foi, c'est un cheminement personnel, une quête que l'on choisit de vivre ou pas, qui nous saisit ou pas - certainement pas quelque chose que l'on peut donner, apporter à quelqu'unE. On peut en offrir les bienfaits - la sérénité intérieure rayonne sur celleux qu'elle croise, mais ce ne peut être un but ; il est impossible de chercher la foi, ou de chercher à la partager : le prosélytisme est une attitude de conquérant, incompatible avec l'exercice de sa propre spiritualité et empêchant les autres de trouver leur voix intérieure.

La foi m'est venue une nuit où je ne l'attendais pas. Je n'avais jamais cherché à croire ; j'avais suivi le sentier de l'amour, puis celui de la souffrance, et par ma quête politico-philosophique d'un être-ensemble qui me convienne, j'avais renoncé au cynisme, au matérialisme, à la possessivité, au scientisme, au confort de l'oppression "justifiée", et peut-être est-ce là que j'ai redécouvert combien je suis petite et grande dans le monde, comme le monde est petit et grand en moi.

Ma foi n'est pas religieuse (je déteste toujours les Églises), elle n'est pas mystique non plus. Dieu ne m'a pas parlé, je ne crois d'ailleurs pas qu'Elle existe, et je ne pense pas non plus être d'essence divine - à vrai dire, j'ai bien du mal à expliquer ma foi. Le plus proche serait de dire que c'est une petite flamme qui me réchauffe. Je ne suis ni meilleure, ni pire qu'avant. Pendant quelques instants j'ai été au-delà de moi, et parfois j'atteins la paix où je regarde le monde avec amour sans pourtant mettre des oeillères.

mercredi 15 novembre 2006

Les os rient, peau tombe.

Aujourd'hui je réalise ce que je ne suis plus.

La déesse de l'amour qui ouvre son lit pour distribuer tendresse et plaisir, réconfort, joie, cette déesse que, parfois, je portais en moi, elle m'a désertée. Je ne connais plus cette fièvre, l'insatiable curiosité de la sensualité de celleux que je rencontre. Le miel des frissons est devenu amer ou écoeurant, et mes élans sont interrompus car j'appréhende la chute. Au revoir, déesse qui m'habitait.

La princesse délicate, précieuse, fragile, celle qui attendrit autant qu'elle impressionne, celle qui insupporte alors même qu'elle enthousiasme, celle que l'on adore, celle que l'on protège, celle pour qui on collecte les hommages charmants en espérant un sourire, qui accorde ses faveurs si elle est d'humeur... cette peste admirable, je l'ai tuée. Elle teinte encore parfois mon comportement, sans doute, fantôme qui me hante car il ignore qu'il est mort, mais j'élabore les rites funéraires, le prières aux esprits qui lui permettront de trouver le repos et de me l'accorder. Qu'elle aille se promener dans les jardins au printemps éternel, avec ses robes en soie, sa couronne argentée et sa balle d'or fin - quant à moi, je suis lasse des courbettes désuètes. Au revoir, princesse, nul sang bleu ne coule plus dans mes veines.

L'amazone, l'enchanteresse, la fourmi patiente, la tisseuse de liens, la ménestrelle, la sirène, et tant d'autres chantent, se battent, rient, hurlent, murmurent, pleurent en moi. Et cela fait de joyeuses farandoles.

Présentation

J'ai commencé à ouvrir les pages de mon carnet intime lors de mon passage à la non-exclusivité amoureuse, parce que j'avais besoin de poser des mots sur ce que je vivais et de le partager. J'aime garder ici des traces de moi, parce que je suis souvent surprise de retrouver longtemps après quelles furent mes pensées et émotions à un moment donné... ma démarche ignore toute pudeur, soyez prévenu.e.s. Ainsi donc, voici mes amours, ma vie en squat, et quelques réflexions politiques.